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KABABLON : la Case sacrée refaite

KABABLON : la Case sacrée refaite

La toiture de la Case sacrée de Kangaba (appelée Kamablon), lieu de préservation des fétiches, est restaurée tous les sept ans. C’est l’occasion d’une grande cérémonie pendant laquelle les griots de la famille Diabaté de Kéla (le village voisin) récitent les mythes de la création et la généalogie des Kéita.

La route Bamako Kangaba, longue de 96 km, est en très bon état. Sur la route, on croise beaucoup de véhicules en provenance de la Guinée, des camions de transport de sable, et quelques forains à bord de véhicules sans âge et sans marque. Mais, le voyage est plaisant, grâce à un paysage luxuriant, fait d’arbres géants et de hautes herbes. Ça change de la route Bamako-Ségou par exemple, qui présente un paysage lunaire, avec juste quelques arbustes.

A l’entrée de la ville, à droite, une clairière qu’on ne peut pas manquer du fait d’une pancarte qui la signale : la plaine de Kurukan (Kurukan Fuka). C’est là qu’a été proclamée en 1236, par Soundiata Kéita, la « Charte de Kurukan Fuka », première déclaration universelle des droits de l’Homme marquant les bases de l’Empire du Mali.

C’est sur cette place qu’en l’an de grâce 1235, tous les rois et chefs guerriers mandenka, ceux des pays sénoufo et bô, scellèrent un pacte, par lequel ils fédéraient leurs royaumes pour former l’Empire du Mandé, placé sous l’autorité du grand Soundiata.

Ce jeudi, la cérémonie de réfection de la case sacrée de Kangaba s’est poursuivie. Le cérémonial, qui a lieu tous les 7 ans, est un événement des plus importants dans le Mandé. Depuis une dizaine de jours, les préparatifs qui ont commencé avec la constitution des groupes d’âges « Kari » chargés d’aller chercher la paille pour la toiture ou encore préposés à la sécurité des lieux.

La Case sacrée est située sur la place publique du village. Elle jouxte la mosquée. Elle daterait, selon nos informations, de 1653. La Case sacrée, ou « Kamablon » a une forme circulaire. Les jeunes ont fait des dessins rappelant toutes les activités du Mandé : la chasse, l’artisanat, l’agriculture, l’élevage… sur les murs. Ce jeudi, dans l’après-midi, la place est prise d’assaut par les populations de Kangaba et environs.

Les ressortissants de la localité résident ailleurs sont arrivés également, ce qui donne lieu à des cris de retrouvailles, des discussions à n’en plus finir : qui crie pour saluer une vieille connaissance, qui pour hausser la voix pour avoir une place. Le tout avec la cacophonie orchestrée par le service d’ordre qui veille à ce que personne ne prenne de photo ou n’enregistre. Du coup, dès qu’un téléphone apparaît, c’est l’émoi général, car les coups de fouet pleuvent.

Dix-sept heures. Ce brouhaha s’arrête tout d’un coup. Un silence de cimetière. Un vieillard, à la tête d’un cortège apparaît. La place de la case est entourée par un enclos. Côté sud-est, une ouverture a été faite. A la porte, le vieillard s’arrête, avec lui toute la colonne. Il fait face à l’est un moment avant de reprendre la procession.

Dans la foule, on entend une mouche voler. De rares bébés crient. Leurs mères sont foudroyées par le regard noir des autres. Les consignes sont strictes : personne ne doit passer devant le cortège, personne ne devrait venir habiller en rouge. Les griots de Kela qui viennent d’arriver ont été accueillis à la lisière du village par les Berthé qui intègrent d’ailleurs leur cortège.

Le chant de l’épervier et de Diata

Le vieillard, courbé sur un sceptre en forme de lance reprend la lente procession. Ce sont les griots de Kela, un village distant de 5 km de Kangaba. Un village entièrement griot. Ils ont tous une coiffure conique rabattue sur l’oreille. La procession est ouverte par celui qui tient le cep, mais comprend indifféremment des hommes et des femmes. On y reconnaît Kassé Mady Diabaté.

Elle fait le tour de la case et arrivé au niveau de la porte le chef s’arrête subitement. Avec lui, tout le fil. D’une seule voie forte et unie, ils entonnent un chant. Ils chantent l’épervier qui a combattu l’obscurité, vaincu les mensonges et les intrigues. La même antienne est reprise au niveau de ce qui semble faire office de fenêtre. Entre les deux, la procession continue et on chante Diata et tous ceux qui l’ont aidé dans ses conquêtes.

Après trois tours de la Case, les griots feront encore trois tours d’un pieux situé à côté d’un puits. A ce pieux, sont attachés et sévèrement punis tous ceux qui seraient rendus coupables de vol, de viol, fornication et autres délits que la morale reprouve. Ils font également trois tours avec les mêmes chansons. Dans la foule, c’est toujours le silence. Ensuite, toujours le chef en tête, ils se dirigent chez le patriarche des Kéita, les descendants de Soundiata, les Massarens.

Depuis qu’ils sont arrivés, jusqu’à ce niveau, ils n’ont adressé la parole à personne. Chez le chef des Kéita, ils prennent leur quartier, font un bon bout de temps avant finalement que le chef ne retire le cure-dent qu’il avait, signe qu’il peut parler. Il s’approche du patriarche et son porte-parole transmet ses messages.

A la nuit tombée, les Massarens leur offre un copieux dîner. Les griots mangent et se reposent. Vers 21 h, la procession reprend. Ils arrivent face à la Case sacrée et font le même rituel : ensuite, tout en chantant, ils entrent à reculons dans la case décoiffée. Ils sont près de 100, mais, tous pénètrent dans la petite pièce.

Toute la nuit, ils retracent l’histoire de la création, retracent l’histoire du Mandé, avec la litanie des rois et de toutes les familles qui ont aidé Soundiata dans son œuvre : les Traoré, les Koné, les Kamissoko, les Berthé… au total, 9 patronymes. En plus, il semble que quand les griots entrent dans la Case sacrée, ils sont obligés de garder leur position initiale : interdiction de changer de position, pour un cérémonial qui dure de 21 h à 5 h du matin !

Les Massarens, les Kéita sont les seuls privilégiés : dans cette rencontre où il n’y a ni micro ni caméra, ils sont seuls à avoir le privilège de s’approcher, de franchir l’enclos qui entoure l’espace. Les autres sont au loin et sont obligés de tendre l’oreille pour comprendre ce qui se passe.

Le toit ne refuse pas

Le lendemain, vendredi, 17 h. Toute la population, triplée par les multiples invités et curieux prennent la place d’assaut. Les griots qui sont dans la famille Kéita reprennent leur procession et arrivent sur la place publique. La foule se tait. Cette fois, en plus des tours autour de la Case et du puits, ils font le tour, trois fois du toit de la case posée à côté.

Ensuite, les jeunes sont autorisés à monter le toit. Dans les chants, les prières et les angoisses, le toit commence à bouger. Selon des témoignages, il arrive effectivement que le toit refuse, pour une raison ou une autre de monter. Dans ce cas, il faut les prières et les incantations de griots. Dans la foule, on reconnaît du reste ces derniers qui gardent un doigt levé au ciel, pendant que la foule chante en se tapant dans les mains de façon spécifique : la paume de la main gauche ouverte frappée par le dos de la main droite.

Le toit, finalement, se met en place dans les cris de joie. Ceux qui sont là se procurent les restes de la toiture, du banco qui a servi à sa confection : ceux-ci possèdent un pouvoir protecteur. Les autres, comme au mur des lamentations, touchent le toit ou le mur de la case, après avoir formulé leurs vœux et désirs.

La liesse populaire se poursuit, les coups de fouet crépitent, la joie est partout. On se souhaite une bonne année, on renouvelle les vœux.

A côté, pendant ce temps, désespérément, le muezzin appelait à la prière.

Alexis Kalambry

Les Echos du 24 Avril 2012

Case sacrée de Kangaba : Le « Kamablon » a un nouveau toit pour 7ans

Prévu tous les 7 ans, le renouvellement de la toiture de la case sacrée de Kangaba est une cérémonie rituelle de haute portée symbolique à laquelle participent plusieurs personnalités, dont des hommes politiques.

Ils étaient des milliers (habitants du Mandé et invités venus divers horizons) à prendre part le vendredi dernier à la réfection septennale du Kamablon. A Kangaba comme ailleurs, la cérémonie revêt une portée symbolique et un évènement béni, désormais inscrit dans les traditions des populations du Mandé.

Au pays des conservateurs

La cérémonie du vendredi dernier, à l’image de celle des précédents septennats, a été organisée par les membres du clan des Keïta (descendants du fondateur de l’Empire du Mali, Soundiata Keïta) et par les griots du patronyme Diabaté, lesquels sont les détenteurs de l’histoire du Kamablon. La réfection du toit, nous apprennent les anciens, est l’occasion d’évoquer l’histoire et la culture du Mandé à travers les traditions orales. Elle permet aussi de renforcer les liens sociaux, de régler les conflits et de prédire l’avenir pour les sept ans à venir.

Les festivités durent cinq jours. Mais pour la cérémonie proprement dite du vendredi, des jeunes âgés de 20 à 21 ans descendent l’ancienne toiture, puis posent la nouvelle sous la surveillance et la direction des anciens de la communauté, qui, à cette occasion, transmettent leurs savoirs liés à la case sacrée, à sa construction, son histoire et sa valeur symbolique. Les griots du village voisin de Kéla rendent hommage à l’occasion à Soundiata et livrent des récits de la tradition orale du Mandén.

« Il est strictement interdit de filmer ou de photographier cet événement. Profaner certains rites peut encore aujourd’hui entraîner de sévères représailles », nous préviennent les détenteurs de la tradition orale.

La réfection du Kamablon est donc un événement rituel d’une haute portée culturelle et symbolique, au cours duquel les traditions orales sont déclamées et chantées, transmettant l’histoire orale de l’Empire du Mali à ses descendants des temps modernes dans la région du Mandé. « Elle consacre la réunification des membres du clan et de la famille autour d’un symbole puissant de leur identité culturelle », nous explique le Pr. Drissa Diakité qui a consacré un ouvrage sur les griots du Mandé (« Kuyaté, la force du serment : Aux origines du griot mandingue », publié aux « Editons la Sahélienne ».

Patrimoine culturel à conserver

Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, la construction du Kamablon remonte, selon plusieurs traditions orales, vers 1653. Ce bien culturel est un édifice de plan circulaire en briques de banco. Les architectes le décrivent avec un diamètre de 4m et une hauteur 5 m. Il est recouvert d’un toit conique de chaume. Les murs, à l’intérieur et à l’extérieur sont ornés de peintures sensées prédire l’avenir du Mandé pendant les sept années suivant la réfection du toit. Le Kamablon, situé au cœur du bara (espèce de place publique réservée aux grandes cérémonies) est entouré de plusieurs biens sacrés : le puits et le figuier qui le surplombent, les fromagers, et la tombe de Massa Sèmè (fondateur et premier prêtre du Kamablon).

Le Kamablon de Kangaba est un remarquable édifice de plan circulaire qui abrite des objets et des éléments de mobilier d’une grande richesse symbolique pour la communauté et qui est utilisé comme sénat villageois.

« La communauté de Kangaba et les autorités nationales ont élaboré des mesures de sauvegarde de cet élément important, en mettant en place une législation et un programme de prise de conscience visant à encourager la transmission des savoir-faire et des connaissances aux générations futures », nous apprend Ben Kaba Koné, un ressortissant de la localité résidant à Bamako. « Depuis de nombreuses années, cette cérémonie attire de part tout les ressortissants de Kangaba et autres visiteurs pour des bénédictions », explique notre interlocuteur.

Ce qui fera au directeur national du patrimoine culturel, Klessigué Sanogo, que la culture malinké reste encore très proche de son histoire et de ses traditions. La case sacrée de Kamablon, dit-il, en est l’exemple ».

Issa Fakaba Sissoko

L’Indicateur du Renouveau du 25 Avril 2012

vous pouvez ecouter la web radio mognon en tapant: http://radiomognon.radio.fr

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